 ... Démarche picturale ...
Personne ne connaît les limites de cet autre monde qu'est le fluo.
Chaque oeuvre est un pas dans l'inconnu.
Une fenêtre magique... |
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Liberté inhabituelle...
La première fois que j'ai vu des tentures fluo, je me suis dit "Cette forme d'expression est extraordinaire ! je veux en faire quelque chose !"
Avec le fluo, il faut apprendre à peindre avec de la lumière colorée. C'est très différent ! Mais la liberté grisante d'une technique récente est peut-être ce que l'on peut souhaiter de mieux à un peintre.
C'est pourquoi je revendique la notion de "recherche" concernant mon travail. Je veux essayer la gamme de couleurs dans des configurations et des techniques originales. Cela ne me dérange pas qu'on voit ma touche, qu'il y ai des poils de pinceaux ou des reliefs sur l'oeuvre, que le support soit peu académique, et les styles décousus... j'autorise tout ce qui me passe dans la tête !
Bien que je puisse sembler enthousiaste, c'est un chemin laborieux qui est récompensé seulement parfois par le petit miracle tant espéré. Il y a un doute perpétuel dans ma démarche, ainsi qu'une inquiétude sur la façon dont un tableau avance. Il faut souvent tergiverser longtemps avant de décider de l'ordre des phases de peinture, du geste à accomplir pour exprimer, de la couleur et la texture qui y chanteraient en enchantant les autres...
Mais une fois décidé, je me sens plein de confiance, plus concentré que jamais, inspiré, libre et fervent... L'acte est hypnotique, une transe colorée, enchanteresse ou cauchemardesque, avec une émotion qui vibre, et dois vibrer encore jusqu'au bout de l'oeuvre. Il arrive que ce soit de la musique qui joue le role de fil conducteur émotionnel : j'écoute alors en boucle le même morceau pendant des heures.
Une tension préside à mon travail : je ne veux pas lacher tant que ce n'est pas fini ! Cela m'entraîne souvent jusqu'à 5h du matin, voire une nuit blanche. Je m'interdis de faire autre chose en même temps. Cela touche toujours à mes limites physiques, et il faut à certains moments s'avouer vaincu, se résigner à aller dormir. Au réveil, un café et c'est immédiatement reparti ! Tergiversations, geste à accomplir, couleur qui chantent, émotion à raviver... L'oeuvre me rouleau-compresse, m'use intensément, et j'oublies souvent de me féliciter avant de passer à une autre. Je considère en avoir terminé lorsque je ne pense plus pouvoir améliorer aucun des centimètres carrés de ma peinture. Les bonnes nuits, l'odeur du vernis a des relents de satisfaction ; c'est vrai, et c'est très bon ; mais... c'est rare.
Et puis pendant un temps variable, j'arrête complètement de peindre, préférant des plaisirs plus reposants. Je critique les tableaux récents, pensant à la peinture suivante. Mais c'est le retrait de l'acte de peindre, la pause nécessaire à ma récupération. A ce moment là, je bricole des objets, j'expérimente des techniques nouvelles, je bosse sur mon site, je dessine, je compose, j'écris... je vois mes amis...
Et puis un jour, une émotion, un évènement de la vie, et le cycle pictural reprend, inexorable, insoumis, exclusif.
Le regard des autres sur ma peinture me laisse souvent dubitatif. Déjà, parce que le fluo est si peu répandu, que peu de personnes mesurent le travail effectué. Aussi, parce que visuellement, l'effet fluo prend de court. Les questions sont souvent plus sur le fluo que sur ce qui est exprimé.
Mais il y a aussi le regard neuf, parfois très nuancé de l'amateur d'art, qui me laisse sans voix. Comme ce jour où le mari d'une peintre m'a dit que chacun de mes tableaux semblait vivant, doué d'une vie propre. J'étais très ému...
Il y a aussi les contacts par internet, les autres peintres, les amateurs, qui me laissent des petits mails : ça fait vraiment plaisir !
Les avis et les critiques m'affecte en tant qu'homme. Mais pas en tant que peintre... personne d'autre que moi ne sait mieux ce que je dois peindre. Que cela plaise ou non, peu importe, je le peins.
Je ne suis pas seul à peindre fluo en France. Des pionniers, très différents les uns des autres... J'ai pour ma part une envie d'amener à la réflexion, cherchant à donner un sens second à mes tableaux, et des correspondances avec l'art.
Par ex, pour le tableau ci-contre, les intentions sont de mettre en parallèle les premières représentations humaines sur les parois rocheuses avec la technique moderne du fluo, d'évoquer la transe et le language au travers du temps.
L'acte de peindre pour moi, est un mélange de connaissances, d'instinct, de transe, et de plus en plus, de recherche d'émotion.
Pour le tableau "Chagrine" (à droite), l'intention est de transposer une partie des codes et des techniques d'Amédéo Modigliani dans le monde fluo. Outre que ce peintre me touche par sa vie et ses oeuvres, c'est en voyant son expo à Venise en 2000 qu'il a réveillé mon envie de peindre. Une expérience surnaturelle : j'étais comme invité, témoin par ses yeux quand il peignait les oeuvres que je voyais, découvrant dans sa fougue, son impatience, la même passion qui donnerait un sens à ma vie. C'est en sortant de cette expo-révélation, épuisé avec la tête en feu, et une grande affiche sous le bras, que j'ai décidé d'être peintre quoiqu'on me dise, quoique je doive faire, après près de 8 ans sans avoir touché un pinceau... J'ai ensuite cherché la technique qui me correspondrait, et trouvé le fluo, dans la même année.
L'eau a coulé sous les ponts de Venise, mais je me sens toujours très attendri et redevable devant Modigliani.
Ce tableau se veut aussi un pont entre la lumière du jour et la lumière colorée : Il demande à Modigliani ce qu'il aurait peint s'il avait disposé de la fluorescence.
L'émotion, que j'ai tenté de décrire est "au bord des larmes", se retenant de justesse.
Bien que sur la tombe d'Amédéo, je ne peux les retenir.
Il y a une véritable conscience de faire quelque chose d'unique, qui justifie ma vie, et la soutient. Je suis en exploration, en recherche de compréhension de cette peinture, de sa maîtrise technique, de son utilisation pour des thèmes particuliers. Il ne s'agit pas de développer un style, ou faire des séries. Pas plus que faire du beau ou du trippant fluo. Je cherche à exprimer quelque chose où l'on pourrait puiser de la valeur humaine et artistique. Si je m'ôte toute humilité, je veux de mon vivant ou après, aider à glisser le fluo dans le fourgon de l'art.
A titre personnel, je suis nettement plus humble...
A ce jour, je suis d'ailleurs peu connu, je vends un peu, et je communique assez rarement. En vérité, les rapports humains me demandent énormément d'énergie, m'affectent en profondeur, me déçoivent souvent, et de là j'aime la solitude, qui permet de faire ce que je crois devoir faire en priorité. Je ne pense en fait qu'à créer quelque chose de plus avant d'être mort, le plus tard possible. Cela induit que j'ai des lacunes dans de nombreux domaines, et besoin d'être épaulé pour développer ma carrière de peintre. Viendra, viendra pas ? L'avenir nous le dira...
Rêves en fluo :
- posséder une galerie/atelier (sous lumière noire)
- que les grands musées parisiens décident d'organiser des expos fluo
- exposer avec mes collègues fluorescents
Rêve prémonitoire...
Selon moi, tôt ou tard, il va y avoir une sorte de big bang fluorescent, qu'il commence dans les entreprises, dans les galeries, ou ailleurs. Cela sera à la mode, on en verra partout. Puis peut-on l'espérer, le fluo sera connu à grande échelle comme une forme d'art à part entière.
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